A Saint-Joachim, des panneaux solaires dans le cimetière communal

A Saint-Joachim, quelque 5.000 panneaux solaires seront prochainement installés en ombrières, dans le cimetière communal. Inédit, le projet en dit long sur ce que peut être la transition énergétique.

Issus d’un jargon technocratique, les termes de transition énergétique, bien que martelés chaque jour par la profession, restent encore flous dans l’esprit collectif. Ils incarnent ici le regrettable rejet des éoliennes, là les espoirs de filières malmenées (nucléaire, gaz), parfois des contraintes jugées insupportables (et attendons-nous à la « giletjaunisation » des ZFE), de temps à autre des promesses d’avenir radieux (si l’hydrogène un jour…).

Il est rare que la transition énergétique se place à notre hauteur. Régulièrement cités pour leur exemplarité, les projets citoyens restent malheureusement peu nombreux et servent parfois de paravent à des projets qui cherchent difficilement la fameuse « acceptabilité sociale. »

Une centrale photovoltaïque sur un cimetière

Mais, quelquefois, un projet marque singulièrement sa différence pour inscrire la transition énergétique dans la vie quotidienne, ce qui est au fond son rôle.

C’est le cas à Saint-Joachim, commune de Loire-Atlantique (4.033 habitants), qui prévoit la construction d’une centrale solaire sur la majeure partie du cimetière communal (8600 m² sur 11000) d’ici 2022. Commune engagée de longue date dans la transition énergétique, avec plusieurs bâtiments équipés de panneaux photovoltaïques ou d’installations aéro-voltaïques.

D’un strict point de vue technique, 5.375 panneaux semi-translucides seront installés sur une structure en bois, d’une hauteur de 4,30m à 6,30 mètres, soutenue par des pieux vissés dans le sol (entre 9 et 12 mètres). Aucune tranchée ne sera creusée. D’une puissance crête de 1,8 MWc, la centrale produira quelque 2 GWh par an. Son coût total s’établit à 2,5 millions d’euros pour lequel la commune bénéficiera de diverses subventions (État, Région, Conseil départemental, CARENE).

Projet d’ombrières sur le cimetière de Saint Joachim (vues d’artiste, cabinet EEUN Architecture, Auray – Morbihan).

Avec un système de récupération d’eau permettant d’assécher une partie du cimetière, qui est dans une zone marécageuse, l’installation favorisera la bonne tenue des différentes tombes. Aujourd’hui les infiltrations génèrent de nombreux problèmes, dont se plaignent les familles. L’eau récupérée sera utilisée pour arroser le terrain de football attenant au cimetière. Quelque 3 000 m³ d’eau sont nécessaires durant la saison d’arrosage – laquelle est d’ailleurs souvent limitée par des arrêtés préfectoraux. Le projet intègre donc du stockage… d’eau (10 cm de précipitation = 860m³ d’eau stockée).

Quand la transition énergétique devient une question sociale…

On le voit : il ne s’agit pas seulement d’une question énergétique mais bien d’une réflexion globale, qui intègre différentes problématiques environnementales.

Et sociales.

Car la gestion d’un cimetière est éminemment sociale. Un sujet sensible qui impacte chacun d’entre nous.

D’où le choix de proposer aux habitants de Saint-Joachim d’investir dans la centrale photovoltaïque et de bénéficier de sa production par l’autoconsommation collective. Chaque famille pourra acquérir des panneaux (4 panneaux pour 1 800 € HT) et, pour les plus défavorisées, des prêts bonifiés sont prévus. L’autoconsommation invitera aussi à consommer autrement, au moment où la production sera la plus forte.

Au cabinet de consultants qui propose la rationalité d’une vente directe ou d’un appel d’offres de la CRE s’oppose le souhait du collectif, du citoyen, de l’humain. Ce qui est en jeu ici dépasse la froideur du fichier Excel. Oui, les ombrières produisent de l’électricité. Mais elles répondent aussi à l’absence d’abri lors de cérémonies civiles et pour les familles qui souhaitent se recueillir.

… Et relie les générations

Il s’agit bien d’inscrire la transition énergétique dans une histoire, un vécu, un passé et un avenir communs. D’en faire un bien collectif. Une passerelle entre les disparus et les générations futures.

Une transmission.

On peut prédire sans prendre de risques que le projet de Saint-Joachim sera repris dans de nombreuses autres communes. Car la transition énergétique a aussi besoin d’être incarnée pour qu’on y adhère.

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GP conseil a eu la chance d’accompagner en partie Saint-Joachim dans la conduite de ce projet, notamment pour le volet dérogatoire.

D’autres billets de blog? C’est par ici. Crédit photos : mairie de Saint-Joachim / EEUN architecture (Auray)